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02/06/26

Messa di Campile, u filmu in Antibia

Fruit d’un travail individuel puis collectif de trois années, voici la restitution filmée de lintégralité de la Messe des Vivants et de celle des Défunts de Campile, selon les témoignages sonores laissés par Orsu Paulu Giovannoni.
Nous avons souhaité la réaliser à Campile même, au hameau d
Antibia, berceau d’Orsu Paulu, dont la petite chapelle di a Madonna di Lavasina témoigne encore de la présence de celui qui en réalisa la riche décoration.
Patrimoine culturel, sonore mais aussi visuel, moment de partage et d’émotion avec les villageois qui lont bien connu ... 


Ce projet n’aurait été possible sans le soutien de la CdC-Cultura corsa, u Centru d
Arte pulifonicu et la municipalité de Campile.
Nous les remercions grandement, ainsi que Pimento Prod pour la captation et post-prod, Manu Gallet pour le mixage-audio et François Desjobert pour cette magnifique photo d’Orsu Paulu Giovannoni. 


26/12/17

L’alma pieve d’Orezza - Terzetti.


« Couvent d’Orezza, 1773. Un jeune moine franciscain, Giuseppe Grimaldi di Rapaghju, compose une longue et belle Descrizione d’Orezza. » 

Ainsi débute la quatrième de couverture de l’ouvrage « Description d’Orezza – Introduction, traduction et notes » d’Eugène F.-X. Gherardi, entièrement consacré à ce poème composé de pas moins de 272 strophes ou terzine rédigées en terza rima, cette forme magnifiée par Dante Alighieri quatre siècles auparavant à l’occasion de l’écriture de la Divina Commedia, c’est à dire de vers ondécasyllabiques regroupés par trois et dont la rime ABA, BCB, CDC, etc … concatène les strophes les unes aux autres.






Laissons continuer Eugène Gherardi, dont le travail de recherche pour nous permettre d’appréhender au plus près le contexte de cette œuvre est admirable :

« Ce qui frappe à la lecture de ce texte, inscrit dans une tradition ancienne et même antique, cest une connaissance particulièrement fine dune grande piève de la Castagniccia. Se réclamant de la muse Clio, fille de Mnémosyne, fra Giuseppe connaît tous les hameaux, tous les chemins et tous les sentiers, les cours deau, toutes les églises et toutes les chapelles, ruinées, romanes ou baroquisées pour la plupart au cours du XVIIIe siècle, toutes les montagnes aussi. »



Ce double constat, celui de cette tradition antique perpétuée et celui de la fusion intime de l’homme avec ses lieux, nous a poussé à créer une adaptation vocale de ce poème, – du moins de son début ! –, en nous inscrivant dans la tradition des terzetti, polyphonies à capella proches de la paghjella ayant pour support, justement, des poèmes structurés en terza rima. Comme si un processus naturel de chant en communauté avait produit et mandé de siècles en siècles ce poème jusqu’à nos jours, comme cela s’est produit pour tant d’autres dans nos contrées …

Qui sait si cette version inscrira L’alma pieve d’Orezza dans la tradition orale corse pour les temps futurs et si, à voce rivoltaon louera la gloire de cette piève dans chacun de ces villages ?



Notes :
  • Pour initier son poème, fra Giuseppe place la piève d’Orezza dans son environnement, la terra di Commune, avant de dénombrer ses huit pièves frontalières, Tavagna, Ampugnani, Rustinu, Vallerustie, Boziu et Alisgiani. Pour finir Serra et Muriani. L’auteur ne manque pas de grandiloquence pour qualifier sa glorieuse piève d’origine, synonyme d’or, qui, selon ses dires, paraît surpasser et assujettir ses voisines, empiétant même avec tyrannie sur leurs territoires !

    La suite du poème traitant de choses plus internes, c’est sur ces six premières strophes que nous avons choisi de bâtir notre chant, trouvant ainsi à la fois une belle unité de thème et une durée correcte.
     
  • Pour nous rapprocher le plus possible de cette identité orezzinca, nous avons cherché dans la mélodie à nous inspirer d’un versu de paghjella et madricale propre à cette région.
     
  • Si le système polyphonique adopté est plutôt inspiré de Tagliu, c’est pour mieux exprimer notre sentiment que cette polyphonie fût et est encore pratiquement la même dans des microrégions si proches et si imbriquées depuis toujours d’un point de vue humain, économique, social et donc vocal. 




23/06/17

Bastia - Lode à San Ghjuvanni Battista

01. O San Ghjuvan’Battista, versione corta 02. O San Ghjuvan’Battista, prima parte 03. O San Ghjuvan’Battista, seconda parte 04. Eviv’à Ghjuvanni, prima parte 05. Eviv’à Ghjuvanni, seconda parte
San Ghjuvanni Battista est le saint patron de la paroisse couvrant Terra vechja, quartier le plus ancien de Bastia. Sa célébration le 24 juin donne lieu à une grande procession à travers ses quais, placettes et ruelles, dans ce cœur historique regroupé autour de l’antique port de pêche, Portu Cardu qui se développa et rayonna pour donner naissance à la cité.

Les confréries de la paroisse s’unissent avec celles venues d’ailleurs pour donner le faste et le recueillement qui conviennent à cette grande célébration, ainsi qu’à celle d’u Fucarè, ayant lieu la veille, et où un grand feu de solstice est traditionnellement allumé au bout de la jetée située en contrebas de la citadelle.

Jean-Marie Prescelti, un temps curé de la paroisse, avait sans doute senti qu’à ces célébrations manquait un chant dédié au grand saint, invitant à la prière et pouvant être repris aisément par la foule des fidèles. Ainsi avait-il écrit un texte O San Ghjuvan’ Battista qu’il avait soumis à a cunfraterna San Carlu Borromeo, habituée à animer par ses chants les différentes célébrations de la paroisse, et l’invita à mettre le texte en musique par une mélodie et une harmonisation polyphonique.

Ecrit dans cet esprit à la fois naïf et attendrissant des laudes populaires dont la Corse est traditionnellement riche, nous n’avons que remanié ce texte en lui appliquant de nécessaires règles métriques et poétiques afin qu’il soit plus aisément chanté, mais en lui conservant les thèmes abordés par notre cher curé.

Puis dans le même élan, nous avons plus tard écrit Eviv’à Ghjuvanni, toujours avec la volonté d’ancrer des créations contemporaines en langue corse dans le fil d’une tradition multiséculaire de laudes, autrefois écrites en italien, qui ont forgé d’une manière si particulière la foi de notre peuple.



O San Ghjuvan’ Battista :

  • S’adressant directement au grand saint en tant protecteur de la cité bastiaise, le texte évoque d’abord la Visitation, où Marie enceinte de Jésus rend visite à sa cousine Elisabeth enceinte de Jean, qui tressaille de joie dans le sein de sa mère. Ainsi Elisabeth, remplie de l’Esprit Saint, s’exclame : « Tu es bénie entre les femmes, et béni le fruit de tes entrailles ! Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! » En réponse Marie prononce le Magnificat, « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit a exulté en Dieu, mon Sauveur. Car il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante. » 

    Puis Jean vient à naître, devant prendre le nom de Zacharie son père, lorsque sa mère prend la parole et dit : « Non, il sera appelé Jean ». Zacharie, muet, confirme alors en écrivant les mêmes mots sur une tablette. Au même instant sa bouche s’ouvre, sa langue se délie et il proclame le Cantique de Zacharie ou Benedictus, « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël. » 

    On évoque ensuite le rôle précurseur de Jean-Baptiste, et le baptême de Jésus, agneau de Dieu et sauveur, qui au sortir de l’eau voit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui, tandis qu’une voix venue des cieux dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais. » 

    Enfin on adresse une dernière louange au saint désormais situé auprès du Père et du Fils pour des temps infinis.
  • D’un point de vue métrique, le texte est construit en strophes de 4 vers de 7, 7, 7, 5 pieds, concaténées les unes aux autres par le système de rime ABBC puis CDDE puis EFFG, etc. , exactement comme les laudes Dio vi salvi Regina (et tant d’autres …)

  • Pour servir mélodiquement et polyphoniquement ce texte, nous avons réutilisé les très belles litanies de la Vierge connues à Moita. Elles s’appliquent merveilleusement bien à l’esprit et à la piété de ce chant.

Eviv’à Ghjuvanni :

  • Les thèmes abordés ici sont un peu plus larges, évoquant Jean-Baptiste précurseur du Christ, dans le désert criant et annonçant sa venue en disant « Préparez les chemins du Seigneur ». Il dit aussi « Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales » et « Il faut qu’il grandisse et que je diminue ».

    Puis après que des foules immenses viennent pour être baptisées par lui, Jean voit Jésus lui-même venir à lui. Il dit alors à Jésus : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi ». Jésus lui répond : « Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. » Après le baptême, l’Esprit de Dieu descend sur Jésus comme une colombe, tandis qu’une voix venue des cieux dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais. »

    Jésus dira plus tard « Parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste. » On conclue par une louange au saint dans la Trinité.    
  • D’un point de vue métrique, le texte est articulé en strophes de 4 vers de 6 pieds, avec rimes du type ABBA, exactement comme les laudes Eviva Maria (et tant d’autres ...).
  • Pour la mise en musique, nous avons choisi de composer une ligne mélodique épurée et simple à retenir pour les couplets et une autre, plus haut perchée, pour le refrain, toujours dans l’esprit de nos laudes traditionnelles corses. De même le balancement est lent, adapté aux pas des processionnaires. Nous avons pour l’enregistrement intercalé le refrain après trois couplets, mais il peut en être bien sûr autrement, les conditions réelles de la cérémonie dictant souvent leurs propres lois …

27/11/16

Lode - Eviv’à San Roccu

01. Eviv’à San Roccu, versione corta 02. Eviv’à San Roccu, prima parte 03. Eviv’à San Roccu, seconda parte 04. Eviv’à San Roccu, terza parte
A Cunfraterna di San Roccu in Bastia a la particularité d’être une confrérie regroupant de jeunes adultes et des adolescents. Ravivée depuis quelques années après une longue interruption, elle accueille tous les jeunes attirés par leur expérience. C’est dans un véritable esprit d’amitié partagée et un bouillonnement d’envies de se mettre au service du commun que les confrères occupent le bel oratoire baroque San Roccu, dans une démarche à la fois sociale, caritative, liturgique, patrimoniale et culturelle au quotidien.

Venant d’horizons différents, leur exemple est admirable de spontanéité et de jeunesse (forcément !), d’intelligence et de richesse en terme des valeurs véhiculées, et fait chaud au cœur ... 

S’efforçant de mener des opérations en faveur de personnes âgées ou malades, maintenant un esprit de cohésion interne par des activités comme le foot, assurant le culte au sein de leur oratoire par la participation régulière à la célébration et l’apprentissage du chant sacré, ils prennent également à leur compte l’organisation, à la fois civile et religieuse, de la fête de leur Saint patron le 16 août, fête rayonnant chaque année un peu plus dans l’ensemble du quartier.

Dépourvue de répertoire religieux propre – la rupture a duré une bonne cinquantaine d’années – nous avons souhaité offrir à la confrérie un élément patrimonial par la création de ce chant écrit et composé pour elle, dans le plus pur style des laudes corses très pratiquées entre le XVIIème et le XIXème siècles. Nous pensons en effet que ce vaste patrimoine constitue une base de création pour aujourd’hui et pour demain, susceptible de raviver les pratiques para-liturgiques insulaires.

Notes :
  • Le texte obéit donc aux canons de nos très nombreuses laudes en italien, tant par la métrique et la rime que par le contenu à la fois pédagogique et hagiographique, mis au service des auditeurs les plus humbles. Il est bien sûr écrit en corse.
  • La mélodie se veut simple et efficace, pouvant être reprise par une assemblée tant masculine que féminine, dans un mouvement lent et répété caractéristique d’une procession. Son harmonisation, strictement à trois voix, est elle aussi voulue d’une grande simplicité et sobriété, visant à élever ce chant par une incitation à la prière.
  • Le texte est relativement long – on sait que nos processions peuvent l’être tout autant – mais nous avons souhaité en laisser malgré tout une version intégrale, afin d’illustrer la manière dont le texte doit être phrasé. Pour des raisons techniques, le chant a dû être sectionné en trois parties égales. Nous proposons également une version courte.
  • Que l’on ne voie aucune règle particulière dans l’apparition des voix de bassu et terza tout au long du chant. On sait que traditionnellement, celles-ci entrent un peu à l’instinct de chaque chanteur, la terza se posant à condition que la seconda et le bassu soient déjà présents.    
  • De la même manière, nous avons choisi arbitrairement d’intercaler le refrain après chaque groupe de trois couplets. Il peut en être autrement bien sûr, notamment si les conditions de longueur et de déroulement de la procession de la fête de San Roccu l’exigent. A pràtica vince a grammàtica …

   

Historique de la confrérie San Roccu in Bastia :
Dans son Istoria di Corsica, le chroniqueur du 16ème siècle Anton Pietro Filippini nous évoque d’une manière assez précise la naissance de la confrérie : 

En 1588, la terra della Bastia ne compte qu’une confrérie, placée sous l’invocation d’a Santa Croce, qui regroupe l’ensemble de la communauté masculine de la cité, qu’elle soit d’origine génoise ou corse. Mais des disputes répétées et de plus en plus violentes entre les deux communautés dans les années 1587 et 1588 sont à l’origine du départ des Corses, qui se sentent victimes de manœuvres visant à les écarter des postes de direction de l’institution au profit des Génois résidant dans la ville haute Terra nova.

Ainsi les Corses, pour la plupart résidant dans la basse ville Terra vechja y fondent en cette année 1588 deux nouvelles confréries, celle de San Roccu et celle de l’Immaculata Cuncezzione

La première à voir le jour est San Roccu, à l’initiative de deux jeunes gens nommés Stefano Polini, 14 ans, et Michele Agostini, qui commencent à fréquenter dans ce quartier un petit oratoire dédié à San Roccu, et avec une grande dévotion à l’entretenir, avant d’attirer à eux d’autres jeunes animés par le même désir, et de souhaiter créer une compagnie à l’image de Santa Croce

Arrivés au nombre de douze, ils adressent leur requête à l’Evêque Mgr. Nicolao Mascardi, qui le 26 avril les autorise à porter l’habit de couleur bleue, et au cours d’une cérémonie très solennelle où lui-même se vêt des parements pontificaux, élit l’un d’entre eux prieur et accorde à la nouvelle confrérie le droit d’accroître le nombre de ses membres. Après quelques jours, celui-ci atteindra d’ailleurs cent-vingt ...

Le 4 février 1590 débute le chantier d’une nouvelle église, dont la première pierre est posée et l’ensemble de l’édifice béni par l’Evêque, accompagné de tout le Chapitre et d’une foule nombreuse, venus sur les lieux en une longue procession. Il s’agit de l’actuel oratoire. La confrérie s’agrégera par la suite à la Venerabile Arciconfraterna di San Rocco in Roma, bénéficiant ainsi de nombreux privilèges et indulgences.

San Roccu di Bastia est traditionnellement réservée aux adolescents de la paroisse de la ville basse. Adultes, ayant atteint 33 ans, ceux-ci devaient impérativement la quitter pour intégrer une autre confrérie de la ville. 

C’est dans cet esprit bien particulier qu’après son extinction il y a plusieurs décennies, elle a été ravivée à l’initiative de quelques confrères de San Carlu Borromeo et San Ghjiseppu di Bastia, afin qu’elle soit aujourd’hui et pour les temps futurs, un lieu de formation spirituelle, intellectuelle, morale et sociale de nouveaux jeunes confrères de Corse. Cusì sia.